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Si la BCE prolonge le gel des dividendes bancaires, la décision pourrait avoir un effet collatéral : pénaliser les résultats 2020 des banques régionales des groupes mutualistes, et indirectement l’intéressement des salariés.

Les actionnaires des grandes banques européennes ne sont pas les seuls à attendre l’annonce que pourrait faire la Banque centrale européenne la semaine prochaine. Les salariés aussi se demandent si, oui ou non, les établissements financiers pourront verser des dividendes cet automne, ce qui pourrait, dans certains groupes, avoir un impact sur les rémunérations futures. « Nous avons des inquiétudes sur le montant de l’intéressement en 2021 », glisse Philippe Laisne, président du syndicat national de l’entreprise Crédit Agricole (SNECA).

Les établissements mutualistes, BPCE et Crédit Agricole en tête, se trouvent au coeur de cette question, l’intéressement pouvant, d’une entité régionale à l’autre, représenter l’équivalent de 1 à 3 mois de salaire, chacune suivant sa propre politique de rémunération.

Impact sur les résultats

Dans ces deux groupes, les entités cotées respectives (Natixis et Crédit Agricole SA) sont détenues partiellement, directement ou indirectement, par les banques régionales qui composent ces groupes.

Très schématiquement, si ces caisses régionales ne touchent pas cette année autant de dividendes que de coutume, leurs résultats 2020 risquent de s’en trouver sensiblement amoindris (toutes choses égales par ailleurs) réduisant a priori l’intéressement des salariés.

« Il faudra aussi voir l’impact du ralentissement économique, sachant que l’activité se porte plutôt bien actuellement. Ce n’est que le 31 décembre qu’on connaîtra vraiment l’impact sur les comptes », précise un bon connaisseur de la Banque verte.

Dans le détail, les caisses régionales chez Crédit Agricole détiennent une part majoritaire de Crédit Agricole SA. Cette dernière a décidé d’affecter à un compte de réserves ses résultats de l’année 2019 en attendant d’y voir plus clair.

Si 2020 était une « année blanche »…

Chez BPCE, la situation est un peu plus complexe : ce sont les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne qui sont actionnaires à parité de l’organe central (BPCE SA). Et elles sont rémunérées en tant que telles. Selon des calculs réalisés par SNB-CFE-CGC, le premier syndicat de la profession, les banques et les caisses ont ainsi touché 405 millions d’euros de dividendes en 2018 et 2019 de la part de BPCE SA.

L’organe central tire lui-même ses bénéfices de ses filiales Natixis , Banque Palatine, Oney Bank et à partir de cette année du pôle Solutions et Expertises Financières. Le poids de cette rémunération n’est pas négligeable. En 2019, les dividendes représentaient en moyenne 17,5 % du résultat net des Caisses d’Epargne et 20 % des Banques Populaires, avec des disparités entre régions.

« Dans l’hypothèse où 2020 serait une année blanche en termes de dividendes pour les banques et les caisses, l’impact du non-versement des dividendes pourra être significatif », commente une source bancaire.

Interrogé, BPCE indique que le dividende au titre de l’année 2019 a été versé en mars par l’organe central aux caisses régionales. Et qu’il est trop tôt pour se prononcer sur 2020, alors que la décision de la BCE n’est pas encore tombée.

A noter que les banques commerciales peuvent aussi être concernées, mais par un autre mécanisme : chez Société Générale, l’actionnariat salarié est très développé (6,52 % des salariés). Ainsi, les salariés seraient pénalisés comme tout autre actionnaire, mais pas via des mécanismes de rémunération.

Les Echos

Romain Gueugneau et Edouard Lederer